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16/09/2008

L'empire Frédéric Japy

UNE VIE DE SOLIDARITÉ ET D'INNOVATIONS

Né à Beaucourt en 1749, Frédéric Japy est fils de maréchal ferrant et issu d’une ancienne famille beaucourtoise. Dès son enfance, il est initié aux activités artisanales et apprend à vivre dans le cadre structuré et solidaire des corporations. Mais rapidement, son intérêt se porte sur la jeune et prometteuse industrie horlogère jurassienne.
Ainsi, après avoir reçu une bonne instruction à Beaucourt puis à Montbéliard, il part en apprentissage au Locle auprès d’un artisan horloger.
Deux années plus tard, il devient ouvrier dans l’atelier d’un mécanicien inventeur, Jean-Jacques Jeanneret-Gris. Cette rencontre est déterminante pour sa réussite professionnelle puisqu’il y découvre un matériel novateur qui préfigure le principe de la machine-outil.
De retour chez son père, il est guidé par un rêve unique : construire sa propre fabrique d’ébauches d’horloges au moyen de machines-outils. En effet, il considère que produire mécaniquement l’ensemble des pièces qui entrent dans la fabrication des montres permettrait un gain considérable de temps et d’argent.
Dès 1773, son mariage avec Suzanne-Catherine Amstoutz lui donne d’ailleurs la possibilité de transférer ses activités horlogères dans l’un des bâtiments de son beau-père.

Enfin, en 1777, il crée sa propre fabrique à Beaucourt. Son entreprise prend très vite de l’ampleur : sa production passe de 2400 ébauches en 1780 à 12 700 en 1806.

Ses trois fils héritent de ce succès dès 1806, lorsqu’ils prennent la tête de l’entreprise : ils décident alors d’étendre et de diversifier les activités en produisant des ébauches de pendules à Badevel dès 1810 et en créant une usine de production de vis à bois à la Feschotte en 1811. La renommée de l’horlogerie Japy devient bientôt internationale.
Affecté par la mort de sa femme, Frédéric Japy décède à son tour le 23 janvier 1812.



L’AFFIRMATION D'UNE PHILANTROPIE

UNE NÉCESSITÉ SOCIALE

Tout en bouleversant la technique horlogère, Frédéric Japy cherche à maintenir des relations sociales issues de l’artisanat. En privilégiant la machine-outil, il est amené à renoncer au travail à domicile pour assurer un travail concentré permettant une production en série.
Cependant, il ne peut pas imposer aux ouvriers de quitter leurs villages natals, sans leur assurer les mêmes avantages que dans l’ancien système.
Face à ses contraintes extérieures, l’unique réponse possible est de reconstituer une ambiance familiale au sein de la manufacture en développant l’habitat social. La création de logements, de salles à manger et de cuisines dans les ailes du bâtiment central de l’usine de Beaucourt amène naturellement les ouvriers à vivre en commun.
Tous considèrent alors Frédéric Japy comme un père : « nous avions une profonde vénération pour M. et Mme Japy. Nous appelions Mme Japy, la Maman et M. Japy : notre Père » raconte un ouvrier.


LE FRUIT DE CONVICTIONS PERSONNELLES

La mise en place d’un style de vie sous tutelle patriarcale n’a pas que pour but de canaliser et de stabiliser les populations ouvrières pour assurer l’ordre, la garantie de la prospérité industrielle. Dès son enfance, Frédéric Japy est marqué par des mœurs collectives.

Lorsqu’il crée sa fabrique, il est convaincu qu’il peut aider ses semblables : « je veux que mes ouvriers ne fassent avec moi et les miens qu’une seule et même famille. Mes ouvriers doivent être mes enfants et en même temps mes coopérateurs. »
Pour cela, il cherche à pourvoir à tous les besoins de ses ouvriers. Il recherche une certaine communion des esprits : il crée tous les magasins nécessaires et accroît les garanties sociales offertes aux ouvriers.
En 1818, après sa mort, ses enfants créent même une école. Frédéric Japy n’est alors plus seulement un patron ; il devient aussi le garant de l’éducation morale de ses ouvriers. De véritables lignées familiales, comme les familles Plain ou Coulon, travaillent désormais au sein de la fabrique Japy et jouissent d’une reconnaissance locale incontestée.





LES MACHINES-OUTILS DE L'HORLOGER JAPY
Lorsque Frédéric Japy installe sa fabrique à Beaucourt, les montres sont encore fabriquées selon le système de l’établissage : le fabricant achète toutes les ébauches nécessaires et les assemble lui-même. Ainsi 150 ouvriers en moyenne interviennent pour réaliser le produit fini en se cantonnant chacun à une opération bien spécifique. Mais Frédéric Japy a déjà fait l’expérience d’un matériel beaucoup plus novateur. Ainsi, il passe rapidement commande à Jeanneret-Gris d’une série de dix machines différentes qui lui permettent de concevoir les 83 pièces de l’ébauche.
Un système productif particulièrement novateur est dès lors en place : l’utilisation de la machine-outil lui permet d’embaucher des ouvriers non qualifiés, des femmes, des vieillards… Grâce à cette nouvelle division du travail, il est désormais possible de produire les ébauches en série et dans un atelier unique. Ces machines « infernales » imposent une concurrence très rude à tout le monde artisanal et corporatif de l’horlogerie : une ébauche de montre vendue à 7,50 F en 1793 sort à 2,50 F des ateliers beaucourtois. Immédiatement, cette concurrence engendre la fermeture de plus nombreux ateliers jurassiens mais elle agit aussi en Suisse où la manufacture Japy écoule 91,3 % de sa production.
Ce faisant, Frédéric Japy impose la machine-outil comme mode de production et se pose comme le principal initiateur de la fabrication mécanique de montres. Cette technicité Japy correspond sans conteste à l’un des trois changements techniques nécessaires au démarrage de la révolution industrielle : la substitution de l’invention mécanique aux talents humains.





LE POIDS DE LA FABRIQUE JAPY DANS LA RÉGION

A L'ÉPOQUE

Au XIXe siècle, l’entreprise de Beaucourt était le fleuron du noyau manufacturier régional. Les produits Japy étaient vendus dans plusieurs pays du monde entier et l’entreprise employait près de 5000 ouvriers en 1860. Très vite, elle a assuré le développement économique de la région et la croissance démographique du petit village de Beaucourt qui ne comptait alors que 200 habitants.
Mais ce sont surtout les trois fils aînés de Frédéric Japy qui ont assis la manufacture dans la région en diversifiant ses activités tout en conservant les principes fondateurs de leur père. Ainsi, l’usine de fabrication de vis à bois créée en 1806 devient rapidement une branche industrielle à part entière. Ensuite, la grosse horlogerie installée à Badevel vers 1814, la serrurerie et surtout les ustensiles de ménage en fer battu étamé produits à la Feschotte depuis 1826, permettent à la manufacture de ne plus dépendre uniquement des aléas du marché horloger. En effet, à partir de l’usine de la Feschotte, les successeurs de Frédéric Japy ont développé une activité qui devient rapidement le fleuron des usines Japy : l’émaillerie. Jusqu’au milieu du XX° siècle, la diversification des activités reste à l’ordre du jour avec la production de pompes, de machines agricoles, de moteurs, de lustrerie, de machines à écrire…

ET AUJOURD'HUI ?

Aujourd’hui, pratiquement toutes les usines ont disparu. Mais Frédéric Japy reste encore très présent dans la région que ce soit dans les esprits ou au travers du musée qui a été crée à Beaucourt en 1986 à l’initiative d’élus locaux et d’anciens ouvriers de l’entreprise.


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