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26/10/2006

Le début de l'horlogerie :Auguste l'Epée

L’Épée, l’horloger qui connaissait la musique


Cent-cinquante ans durant, Saint-Suzanne connut la célébrité mondiale à travers les productions horlogères et les boîtes à musique de L’Épée. Retour sur une saga industrielle au Pays de Montbéliard.


Fin 18e, début 19e, Frédéric Japy introduit la mécanisation dans la production de pièces horlogères, sur son site de Beaucourt. C’est là qu’Auguste L’Épée

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, venu dans le Pays de Montbéliard avec sa famille partie de Neuchâtel, fait ses classes de maître horloger.

En 1839, L’Épée s’associe à Pierre-Henry Paur, fabricant suisse de boîtes à musique installé à Sainte-Suzanne depuis six ans. Trois mois plus tard, L’Épée rachète les parts de son associé et réunit sur le site l’ensemble des fonctions nécessaires à la production des boîtes à musique : arbre, engrenage, clavier, menuiserie. Pendules et porte-échappements - le cœur de la pendule - sont également fabriqués dans les ateliers. La manufacture acquiert rapidement une réputation de qualité et de haute technicité. En 1850, l’établissement compte trente ouvriers, dont six horlogers.
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Contrairement aux fabricants suisses, Auguste L’Épée ne se contente pas de fabriquer les claviers des boîtes à musique, il intègre également la production des autres composants : tabatières, montres, jouets… Il évite ainsi de faire appel à la sous-traitance.
La fabrication de boîtes à musique se fonde en effet sur la coordination de plusieurs métiers : l’ébénisterie, l’ajustage - pour la fabrication et la mise en place des organes -, l’horlogerie - pour la minutie des rouages -, la mécanique - pour l’invention d’outils spéciaux - et la musique - pour l’arrangement des airs, l’accordage des claviers et la notation des points sur les cylindres. L’Épée commence par réaliser des boîtes à musique dites de seconde génération, avec cylindre et manivelle.
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Manivelles et cartels

Dès 1857, l’industriel lance la mode des « petites musiques », aussi appelées « tabatières » ou « manivelles ». Il s’agit de dispositifs cachés dans des jouets, boîtes à bijoux, dessous de plat, carafes…, généralement bon marché.
L’Épée est alors la seule manufacture à fabriquer des « musiques d’enfants », disposées dans des poupées ou des toupies. L’entraînement se fait par une vis sans fin dotée d’une manivelle. Puis, le fabricant lance ses premières « grandes musiques » ou « cartels », à l’origine disposés dans des socles de cheminée. Il en devient Le spécialiste.
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Inventeur infatigable, Auguste L’Épée crée des claviers à plusieurs octaves, ajoute des accompagnements de tambours et de castagnettes, remplace la manivelle par un système de ressort qui donne le mouvement au cylindre. Puis, il introduit des cartels à plusieurs cylindres, capables de jouer plusieurs airs.

Plusieurs octaves

En 1859, avec 150 ouvriers, L’Épée produit 24 000 musiques mécaniques. C’est le début du travail à domicile pour une main d’œuvre essentiellement féminine. Une forme d’activité qui perdurera jusqu’en 1975. L’aura de la firme devient internationale. Des airs populaires australiens, turcs, chinois, cubains, font leur apparition.
Avec 56 horlogers pour 500 habitants, L’Épée est à l’origine du développement de Sainte-Suzanne.
En 1861, l’entreprise se dote de nouveaux locaux, sur le canal des Neufs-Moulins, et s’équipe d’une machine à vapeur. Les commandes affluent du monde entier.
Un tiers des musiques partent vers le monde anglo-saxon, un tiers vers l’Allemagne et la Russie, le reste vers la France et les autres pays.

En 1869, de nouveaux locaux sortent de terre. Le nombre d’horlogers a doublé en huit ans. Mais la guerre de 1870 interrompt la production.
L’usine est pillée par les forces d’occupation en 1871. Pourtant, les enfants L’Épée reprennent le flambeau en 1873 et l’entreprise retrouve le chemin de la réussite.
Cinq ans plus tard, 350 salariés travaillent sur le site, sans compter les producteurs à domicile : 2 000 cartels et 40 000 petites musiques sortent des ateliers.
L’Épée est récompensée par de nombreuses médailles d’or aux expositions universelles : Paris en 1878 et 1889, Vienne en 1892, Paris à nouveau en 1900 et Hanoï en Indochine en 1902. L’usine forme une cinquantaine d’apprentis par an.
À l’aube du 20e siècle, 200 000 boîtes à musique sont produites annuellement.
Vers 1889, l’activité horlogère est développée. Parallèlement, la production de phonographes constitue un nouveau débouché, florissant jusqu’en 1914.
Au sortir de la Grande Guerre, l’horlogerie domestique - pendules et pendulettes - et l’horlogerie technique - interrupteurs horaires, compteurs de taxi, enregistreurs météo, altimètres… - permettent à L’Épée de retrouver la voie de la croissance. La Deuxième Guerre mondiale est synonyme de chaos.

En 1950, de nouveaux ateliers sont construits. Le nombre d’ouvriers, 140 en 1955, croît jusqu’en 1970, L’Épée comptant jusqu’à 600 ouvriers. C’est le temps du travail à la chaîne et de la sous-traitance pour Peugeot, Siemens, AEG ou les PTT.

Cependant, la lenteur à moderniser les productions et l’arrivée du quartz dans les années 70, marquent le début du déclin de L’Épée. En 1975, l’entreprise mulhousienne Manurhin devient actionnaire à 65 %.
Le directeur lance la production de pendulettes de voyage, répliques fidèles des pendules d’officier, en vogue au 19e siècle. Le styliste Pascal Morabito, les cristalleries Baccarat et Hermès sont associés à des coups médiatiques. Des modèles uniques sont réalisés pour le mariage de Charles et Diana, à l’occasion de la visite en France de Jean-Paul II ou du centenaire de la statue de la Liberté. Mais les difficultés demeurent.

Bien que numéro 1 mondial de la pendulette de luxe,
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en 1984, L’Épée lutte pour sa survie.
Ni l’introduction du quartz, ni la fabrication de composants pour Bull, ni l’activité d’usinage pour d’autres entreprises, ne suffiront à maintenir durablement l’activité. Les dernières restructurations des années 1990 aboutissent au redressement judiciaire et à la liquidation de l’entreprise.
Une tentative de reprise par des salariés, sous forme de Société coopérative de production (scop), en 1997, fera long feu.

En 1999, un horloger anglais rachète la marque. Aujourd’hui, les pendules L’Épée, fabriquées en Angleterre, continuent d’être vendues dans le monde entier. Mais toute activité industrielle a abandonné le site franc-comtois, définitivement.
Rachetés par un promoteur privé, les bâtiments font aujourd’hui l’objet d’une réhabilitation à finalité résidentielle.




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