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08/12/2006

suite du conte de la Tante Arie (3)

* bouillie faite à base de farine de maïs
La Tante Arie n'exerce pas seulement son action bienfaisante au moment de Noël, elle est vraiment la bonne fée de l'Ajoie, qui veille durant toute l'année sur le pays. Elle aime beaucoup la grotte qu'elle a choisie pour demeure et qu'elle tient bien en ordre.Elle n'y reste jamais inactive : elle file au rouet le chanvre ou le lin, elle brode à l'aiguille, elle cuit au four des gâteaux qu'elle aura plaisir à donner.Elle se nourrit très sobrement de gaudes* et de quartiers de pommes séchées.Elle se trouve bien chez elle et l'âge a encore renforcé ses tendances casanières.

Mais il lui arrive assez souvent de sortir. Elle parcourt le pays en évitant avec soin de se faire reconnaître. Elle observe les enfants, apparaît au milieu de leurs rêves pour les gronder quand ils ont été méchants, tâche surtout de leur signaler leurs défauts, afin qu'ils s'en corrigent.
C'est donc une fée très utile et très estimable. Les parents l'invoquent souvent, quand ils ont des réprimandes à faire:
- Tu verras, disent-ils à leurs enfants, la Tante Arie ne sera pas contente et si tu recommences, elle cessera de t'aimer.
Brave Tante Arie! Les histoires, qui vont suivre,nous permetront de la mieux connaître...

Le père Fourot du village de Saint-Julien labourait un jour son champ en bordure d'un bois. Il tenait les mancherons de la charrue, pendant que son fils Claude guidait les boeufs. Il faisait très chaud et Fourot décida de s'arrêter un moment .
Il y avait en bordure du champ une grande pierre plate, qui passait dans le pays peut être la porte d'une des demeures où séjournait la Tante Arie, quand elle avait à faire près de Saint-Julien. Fourot s'assit avec son fils, près de la pierre mystérieuse. Il était ennuyé, car il avait oublier d'amener à manger pour les "4 heures".Il sentait une faim de loup.
Soudain, il perçut une bonne odeur de gâteau cuit, qui semblait monter de la pierre. Il comprit et dit aussitôt d'une voix aimable et douce:
- Ma bonne tante, vous ne voudrez pas nous laisser avoir faim et voudrez bien nous donner une part de gâteau. Nous vous en supplions et nous savons bien que ce n'est pas en vain.
Fourot reprit son travail, mais quand il revint près de la pierre, après avoir tracé un nouveau sillon, il vit qu'on avait mis sur celle-ci un grand gâteau au fromage, doré et cuit à point, encore chaud et dans lequel était planté un petit couteau d'argent. Fourot prit ce couteau avec émotion :
-Merci,dit-il, ma bonne tante vous avez tout prévu. Il coupa 2 parts de gâteau, que mangèrent lui et son fils. Il en tailla 2 autres, puis 2 enfin : tout le gâteau fut dévoré - et cela très rapidement .
- As-tu trouvé cela à son goût? demanda Fourot à son fils, en replaçant le couteau sur la pierre.
- Oui, père, répondit simplement celui-ci.
ils retournèrent à leur travail, mais si le soc pénétrait toujours avec autant de force dans la terre, une des roues grinçait d'une manière étrange. C'était un bruit aigu, modulé, continu... Fourot et le jeune Claude se mirent à écouter avec attention. La roue, à chaque tour, supplie :
- Rends ce que dois! Rends ce que dois!
Fourot se demande ce qu'on peut bien lui vouloir. Il a la conscience tranquille. Mais il y a son fils! Il l'interroge :
-Claude, n'as-tu rien pris à la Tante?
-Non, père.
-Tu en es bien sûr?
-Je vous l'affirme.
Les boeufs repartent, de leur pas lourd et solide.
-Rends ce que dois! Rends ce que dois!
Le père Fourot est un homme dur et violent. il se doute que Claude lui ment. Il arrête l'attelage et demande d'un ton sec :
-Attention à ce que tu dire, tu es sûr de n'avoir rien pris?
Claude, cette fois, baisse la tête et répond, tout penaud :
-Père, je vous l'avoue, j'ai trouvé si beau le petit couteau d'argent, que je l'ai mis dans ma poche. Mais ne me battez pas!
- Soit, pour cette fois! Tu vas rendre immédiatement ce que tu as pris. Mais tu devrais avoir honte! Tu oses voler son bien à la Tante, qui vient de te donner du gâteau. Sois tranquille, elle saura bien te punir et t'apprendre, si tu l'avais oublié, que " bien mal acquis ne profite jamais"
Et voilà un jeune garçon , qui risque fort de ne rien avoir à Noël.

Bavans était comme Saint -Julien un des villages où la Tante Arie aimait à passer. Elle y vint une fois, par une froide soirée d'hiver, et frappa à la porte d'une maison d'assez pauvre apparence. une toute jeune fille vint ouvrir; elle regarda cete vieille femme, qui ressemblait à une mendiante, la toisa avec mépris et lui cria dans le vent, d'un ton sec :
- Allez-vous-en! Vous n'avez rien à faire ici.
C'est dans ces conditions, que la Tante Arie apprit à connaître la vraie nature de Madeleine, dont les gens du village disaient qu'elle était bien jolie, mais qu'elle avait plus de défauts que de graines dans un melon.
le père de Madeline avait entendu la réponse brutale de sa fille : il intervint et fit entrer la Tante, qui remercia chaleureusement Madeleine, irritée, se retira dans sa chambre.
La Tante Arie prit place auprès du feu et on lui servit à manger. Elle avait un air si bon, si doux que les parents de la jeune fille lui confièrent leurs soucis.
-Madeleine, fit le père tristement, a toujours été très dure, mais nous ne voulons pas croire à une mauvaise nature chez elle : il a bien fallu nous rendre à l'évidence. Elle est brutale, querelleuse, très égoïste et d'un très grand orgueil. Elle n'aime pas obéir et elle n'en fait qu'à sa tête. Nous pourrions sévir, mais elle est notre unique enfant et nous ne voulons pas la brusquer. Il nous reste à subir ses sautes d'humeur, ses caprices, ses remarques désobligeantes qu'elle ne cesse de nous prodiguer.
-Oui, ajoutea la mère, elle est très paresseuse; elle ne me donne aucune aide à la maison et ne range même pas sa chambre. Quand je lui demande de mettre un peu d'ordre et de prendre le balai, la remesse, comme on dit chez nous, elle me répond insolemment par le vieux proverbe du pays : " la resse et le torchon"- ne rapportent rien à la maison"
- Et ce n'est pas cette semaine qu'elle t'aidera! reprit le père. Coquette comme elle est, elle ne songe qu'à la fête.
-quelle fête? demanda la Tante Arie.
- Celle qui a lieu une fois l'an et pour laquelle les filles et les femmes revètent leurs plus beaux habits. Je vous assure que pour Madeleine ce jour-là compte par-dessus tout...
Et cela était bien vrai. la jeune fille quittait son air rude et sombre pour sourire à son image dans la glace; elle pensait au beau dimanche où elle serait la plus jolie et la plus admirée; elle regardait le bonnet qu'elle placerait sur sa tête blonde, un traditionnel diairi à fond velours, orné de somptueuses broderies, rehaussé de paillettes d'argent.
Son plaisir d'ailleurs n'était pas parfait, car elle aurait voulu, pour exciter davantage l'envie de toutes ses compagnes, des atours de princesse ou tout au moins un diairi précieyux de satin ou de moire, garni de cannenille d'or et d'argent, de chenillettes, de glaces à facettes ou de perles. Le lendemain, quand la Tante Arie partit, bien décidée d'ailleurs à revenir sous peu pour donner une leçon à la jeune fille. Madeleine, mieux disposée que la veille, amis toujours méprisante, lui dit avec fierté :
- Venez dimanche au temple. Vous verrez comme je serai belle. Tous les regards se tourneront vers moi.
Le dimanche tant attendu arriva enfin. Pendant les jours qui l'avaient précédé, Madeleine s'était montrée plus fébrile, plus hautaine, plus irascible que jamais. avant d'aller au temple, elle vérifia sa mise et la trouva à son goût. Elle s'admira si longtemps qu'elle partit en retard pour le prêche.
Quand elle sortit, elle reconnut près de la fontaine la vieille femme qu'elle avait si mal accueillie quelques jours auparavant. Elle ne lui aurait sans doute pas adressé la parole, si un coup de vent ne fut survenu, qui emporta le beau diairi. Par chance, il ne roula pas trop loin et ne fut pas sali. Madeleine appela la Tante, qui l'aida à réparer le désordrede sa coiffure, puis elle courut au temple.
Elle y entra, bonne dernière, mais sans discrètion... La tête haute, la démarche royale, elle vint s'installer au premier rang. Le pasteur- un vieil homme au visage très doux - s'arrêta, toussa légèrement, puis reprit la lecture de la bible.
On entendit des chuchotements, des exclamations, des ricanements étouffés. Malgré la sainteté du lieu, les assistants avaient peine à dissimuler une certaine émotion. Madeleine ne douta pas une seconde que celle-ci ne fût causée par son entrée si réussie et si remarquée. Elle se tourna vers sa voisine, qui riait en baissant la tête :
- Pourquoi ris-tu?
- C'est parce que tu es la mieux coiffée.
Madeleine comprit. Elle savait qu'on ne l'aimait pas et elle pensa que ces ricanements étaient le produit de l'envie.
On riait, mais de jalousie et de dépit. Cela ne pouvait qu'intensifier sa fierté et son plaisir.
A la sortie du temple, elle passa majestueusement dans la foule, adressant de temps à autre quelques saluts distants. on riait toujours. Elle courut afin de se regarder dans un miroir, mais elle ne put attendre d'être chez elle . passant près de la fontaine, elle se pecha sur l'eau claire et elle vit - ô stupeur!- sa charmante tête blonde coiffée d'un... bonnet de nuit. Un beau bonnet de coton blanc, avec au faîte un pompon pelucheux...
Elle crut mourir de honte et entra dans une terrible colère. Elle s'enferma dans sa chambre et pendant plusieurs jours refusa d'en sorti, même à l'heure des repas.Quand elle songeait à la vieille, qui lui avait joué ce tour - car elle était sûre que c'était elle - elle se sentait de furieuses envies de se venger .
Peu après, alle apprit par ses parents que la vieille femme était revenue au village et qu'elle passerait sas doute à la maison.

Depuis le soir, où elle avait été bien reçue - sauf par Madeleine évidemment -La Tante arrivait de temps en temps, elle venait s'asseoir auprès dufeu, causait un moment, puis s'en allait. Après son départ, on constatait qu'ily avait dans le placard et dans la maie des quantités de choses alléchantes, des miches de pain blanc, des mottes de beurre, de beaux gâteaux dorés et aussi un pot de confitures ou de miel. La mère de Madeleine voyait bien qu'il y avait quelque mystère elle dit un jour :
-C'est sans doute une fée bienfaisante, charitable au pauvre monde, une vraie créature du bon Dieu. Je ne serais pas étonnée que ce soit le Tante Arie.
- Sûrement, ajoutait le père. pourquoi donc n'y avons-nous pas songé plus tôt?
Madeleine commença à réaliser que celle qui s'était moquée d'elle était la fée de l'Ajoie. Elle aurait pu réfléchir et décider d'améliorer sa conduite, afin d'éviter à l'avenir de pareils désagréments : elle n'y pensa pas une seconde. Ce qu'elle voulait - et avec hargne- c'était sa vengeance et, comme elle savait la Tante très ordonnée,très méticuleuse, elle conçut le projet de tout mettre dessus dessous dans sa demeure, au cours d'une de ses absences.
Seulement, il fallait pour cela savoir où se trouvait la grotte. Elle réfléchit aux moyens qui lui permettraient d'y parvenir. Soudain, il se mit à pleuvoir. elle comprit qu'il serait possible de suivre la Tante Arie, grâce aux traces que ses pas laisseraient dans la boue des chemins ou des champs. Pourvu, pensait-elle, que la Tante vienne ce soir !
Elle vint en effet. Madeleine s'habilla chaudement et se dissimula sous l'auvent .Quand la Tante Arie sortit, la jeune fille attendit un moment, puis regarda les traces. Elle fut si étonnée qu'elle ne poursuivit pas son chemin.
Dès le lendemain, elle alla clamer partout au pays :
-La Tante Arie a des pattes d'oies.
Etait-ce vraiment cela qu'elle avait vu? Parlait-elle ainsi pour se venger? on ne sait jamais. Toujours est-il que certains la crurent et qu'on attribue parfois à la fée ce vice de confformation vraiment affligeant. Quand la tante apprit que Madeleine avait dit d'elle, elle en fut fort courroucée.
Et voilà une jeune fille qui risque fort elle aussi de ne rien avoir à Noël.


Mais, diriez-vous, il serait amusant de savoir si la Tante Arie, si bonne, si"brave" comme on dit en Franche Comté, a tenu rigueur de leurs fautes à Claude, le petit voleur et à Madeleine,la coquette?.
Voici ce qui se passa.
Au Noël suivant, quand la Tante descendit du Lomont avec son âne chargé de jouets et de bonbons, elle oublia que beaucoup d'enfants avaient été turbulents et leur donna - comme elle en avait l'habitude - des cadeaux de plus ou moins grande valeur, mais qui procuraient aux heureux destinataires, une joie égale. Claude eut même un petit couteau d'argent, tout semblable à celui qui lui avait fait envie, car il avait sincèremet regretté d'avoir volé et le repentir - quand il est vraiment sincère - amenuise la portée des fautes .

Quand à Madeleine, elle trouva à son révéeil des verges qu'elle avait bien méritées. Non seulement elle n'avait rien fait pour ne plus être paresseuse et coquette, mais encore elle s'était montrée brutale, dure, orgueilleuse. Surtout elle avait pris plaisir à railler la Tante et ses pattes d'oie. Si ce vice était réel, elle avait cédé à la médisance; s'il était inventé par elle, elle avait eu recours à la calomnie.
Dans les 2 cas, elle s'était montrée méchante, consciemment et résolument, et la méchanceté est la seule chose que ne pardonne pas la Tante Arie.

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