logo Blog50.com
Blog 50 est un service gratuit offert par Notre Temps

10/12/2006

Une histoire à raconter

Suite à cette note j'ai décidé de mettre mon conte sur la légende de la Tante Arie tiré du livre des contes et légendes de Franche Comté

medium_livre.jpg








Histoire extraite de mes contes de Franche -Comté à raconter à vos petits-enfants

La Tante Arie


(*) l'Ajoie - Région de Montbéliard, Belfort, Blamont, Héricourt

Il y a longtemps déjà, dans un petit village de l'Ajoie(*) une fillette de 10 ans , nommée Lucile, revenait par un après-midi d'hiver du bourg voisin, où l'avaient accompagnés ses 2 frères: Antoine 6 ans et Philippe 5 ans. On était au début du mois de Décembre, mais il faisait doux pour la saison et les enfants cessant soudain de gambader et de joue, abordèrent vite un sujet, qui leur tenait à coeur, celui de Noël. C'est Antoine qui, en passant devant une croix de pierre, demanda à sa soeur :
-Dis, Lucile, c'est bientôt Noël? Il y aura à l'église une grande crèche avec au milieu le petit Jésus et puis on nous donnera des tas de bonnes choses. C'est bientôt?
-oui,répondit la grande soeur, ce ne sera pas après ce dimanche-ci, mais après l'autre.On préparera à la maison, dans la grande chambre, 3 petits autels ornés d'un napperon orné de dentelles. Sur le mien il y aura 10 bougies, sur chacun des vôtres, 5 et 6.
Et quand nous nous réveillerons le matin du grand jour nous trouverons dessous des jouets, des bonbons, des cadeaux.
-Mais,intervint le petit Philippe, c'est la Tante Arie, qui nous donnera tout cela. Je ne l'ai jamais vue.
- Bien sûr, fit Antoine, il ne doit pas être facile de la voir. Sais-tu comment elle est, Lucile?
-La Tante Arie, reprit gravement Lucile, est une très vieille dame, mais il paraît que son visage garde toute la fraîcheur de la jeunesse. Au soir du 24 Décembre, elle s'habille chaudement et tout emmitoufflée, s'apprête à faire un long voyage dans le pays d'Ajoie. D'une main, elle tient un bâton et de l'autre elle conduit un âne.
-Un âne, s'exclama Philippe, pourquoi cela? c'est drôle!
-C'est pour monter dessus, pardi! répondit Antoine.
-Non, fit Lucile, elle aime mieux aller à pied, sans doute pour se réchauffer. Pensez donc, on gèle, cette nuit-là! Mais elle a besoin d'un âne pour porter tout ce qu'elle distribue. le pauvre animal a sur l'échine 2 lourds paniers pleins à craquer;
medium_tante_arie.jpg
il avance pourtant avec courage en secouant ses longues oreilles.
-Dans les paniers, fit le petit Philippe, il y a des jouets?
-Bien sûr, des pantins, des poupées, des chevaux de bois, des tambours, des cordes à sauter, des polichinelles et des tas d'autres choses, depuis les bibelots de rien du tout jusqu'aux cadeaux les plus somptueux. Il y en a pour tous les goûts.
-Et, oui il y a aussi des bonbons? demanda Antoine.
-Mais oui, des bonbons au sucre ou au chocolat, des marrons,des noix, des oranges et des gâteaux, surtout des " michottes" rondes que la Tante Arie a fait cuire elle-même dans son four.
Antoine semblait rêver; Philippe était stupéfait à l'idée de toutes ces merveilles; il réfléchit un moment, puis se hasarda à demander:
-Pourquoi l'appelle-t-on la tante?
-C'est parce qu'elle est vieille, fit Lucile, et aussi très bonne.
Elle n'hésite pas, malgré son âge, à partir dans la nuit et le froid, pour nous apporter jouets et friandises. Elle charge son âne, lui attache au cou un grelot et la voilà partie.
-D'où vient-elle? dit Antoine, d'un ton intrigué. Si elle habitait le village, on la verrait quand même bien.
-Oh! Elle n'est pas d'ici, Elle habite, sur le Lomont, une grotte au milieu des arbres. Personne n'y est jamais entré, mais ce doit être merveilleux: elle a sûrement là des montagnes de jouets pour plusieurs Noëls à l'avance.
-Pourtant, affirma Antoine, si l'âne a un grelot, on devrait l'entendre tinter. Alors, il serait possible de la voir.
-Tu crois ça! répondit Lucile amusée, elle ne vient qu'au moment où tout dort dans la maison. Ce qu'elle veut, c'est faire une surprise et on a beau faire d'efforts pour rester éveillé, chaque fois on tombe dans le sommeil, avant qu'elle n'arrive.
Philippe cherchait à imaginer la Tante, marchant avec son âne, dans la nuit claire et froide:
- Par où entre-t-elle? dit-il, puisque toutes les portes sont fermées?
-Elle a peut-être toutes les clefs des maisons, répondit Antoine, toujours prompt à donner une explication, en espèrant tomber juste .
Lucile regarda ses frères, qui attendaient avec impatience ce qu'elle allait leur apprendre encore sur la mystérieuse Tante Arie:
- Non, elle a déjà bien assez de choses à emmener dans sa tournée, sans prendre encore un énorme trousseau de clefs. Elle trouve les portes closes, mais cela ne l'embarasse pas, elle passe par le trou de la serrure ou elle monte sur le toit et descend par la cheminée. Quand elle est très pressée, elle se contente de lancer les jouets et les bonbons dans la maison. en tout cas, quoi qu'elle fasse, le travail est bien fait .
Les 3 enfants continuèrent leur marche et pendant un temps, gardèrent le silence .

09/12/2006

suite Légende de la Tante Arie (2)

Antoine avait l'air soucieux:
-Lucile, est-ce vrai qu'elle n'apporte rien, quand on n'a pas été sage? Maman me l'a dit l'autre jour.
- Oui et même si on a vraiment eu une mauvaise conduite, elle place sur l'autel une poignée de bâtons pour que les parents s'en servent, afin de nous corriger.
Philippe, plus malicieux que méchant, était tout heureux de voir son frère embarrassé et vaguement inquiet. Il intervint:
-Antoine, tu trouveras sûrement des bâtons, pour te punir d'avoir volé des confitures dans le buffet .
-Et toi, alors? On sait bien que tu es un menteur.
-C'est pas vrai, et puis, tu désobéis tout le temps.
-Tu vas voir cette gifle, si tu continues.
Lucile s'efforça de calmer ses passions. Elle dit fermement :
-Allons! ne vous disputez pas. Antoine, tais-toi.
Mais Antoine, indigné des perfides insinuations de son frère et aussi de l'intervention partiale de Lucile, répliqua en se tournant vers elle, les mains aux hanches, le regard courroucé:
- Et toi, tu crois peut-être que la Tante Arie ne sait pas que tu passes ton temps devant la glace, à sourire, à faire des mines. Je suis bien tranquille, elle n'aime sûrement pas les coquettes.
Lucile protesta avec d'autant plus d'énergie que son frère avait vu juste. Mais, consciente du rôle qu'elle avait à jouer, oubliant son ressentiment dans l'intérêt commun, elle se montra conciliante et s'adressant à ses frères:
-Tout cela ne rime à rien. La Tante a des choses à reprocher à tous les enfants, mais elle est bonne et, en général, au moment de Noël, elle oublie tous ses griefs. D'ailleurs, elle sait bien que les parents, eux aussi sont loin d'être parfaits .
Antoine avoua qu'il espèrait bien qu'ils recevraient tous trois des cadeaux, mais il ne put s'empêcher de dire avec un air sombre:
-Il y a pourtant une chose de sûre, c'est que si un seul de nous mérite jouets et bonbons, c'est bien moi!...
Mais, direz-vous, qui est donc cette Tante Arie, dont parlaient les enfants de l'Ajoie? Vous avez déjà deviné qu'elle tient ici la place du Père Noël, ce bonhomme célèbre à barbe blanche, en houppelande rouge et portant une hotte sur son dos, ou encore du grand Saint Nicolas, ou du " petit Jésus", qui comble les voeux des enfants de la montagne. Elle a la mission très lourde de distribuer les cadeaux de Noël, mais par là aussi la grande satisfaction de semer la joie pour les garçons et les filles- si toutefois ils ont été bien sages .
Quelle est son origine? A vrai dire, personne ne le sait avec exactitude. Il est possible qu'elle soit née à l'époque où les Séquanes dominaient le pays. Elle serait fille des divinités celtiques et continuerait à hanter les lieux où résonnaient autrefois les chants des druides, lors de la cueillette du gui.

Mais il est une autre hypothèse, bien aussi séduisante. La voici. Il y avait au XV ème siècle une jeune fille noble d'une grande beauté, Henriette d'Orbe, dont le père était mort lors d'une des croisades de l'Occident contre les Turcs. Elle épousa le Comte de Wurtemberg et, à la mort de celui-ci, elle gouverna ses terres et parmi elles l'Ajoie. Elle sut avec beaucoup de fermeté écarter la guerre du pays et elle se montra très bonne pour les paysans qu'elle protègea et pour les erfs qu'elle affranchit. Aussi quand elle résidait , à Montbéliard, ou plus souvent dans son château d'Etobon, près d'Héricourt. Les habitants de la région étaient tout heureux de sentir près d'eux celle qu'ils appelaient" la bonne Comtesse"
Quand elle mourut en 1444, elle fut si unanimement regrettée par les habitants de l'Ajoie que le ciel ne voulut pas qu'elle disparût tout à fait des lieux où elle était aimée. Elle fut chargée de veiller sur le pays et notamment de procurer aux enfants les joies de Noël.
Elle avait fait tant de bien durant sa vie qu'elle méritait de pouvoir en faire après sa mort. Ainsi la Comtesse Henriette devint la Tante Ariette ou plus simplement Arie.

08/12/2006

suite du conte de la Tante Arie (3)

* bouillie faite à base de farine de maïs
La Tante Arie n'exerce pas seulement son action bienfaisante au moment de Noël, elle est vraiment la bonne fée de l'Ajoie, qui veille durant toute l'année sur le pays. Elle aime beaucoup la grotte qu'elle a choisie pour demeure et qu'elle tient bien en ordre.Elle n'y reste jamais inactive : elle file au rouet le chanvre ou le lin, elle brode à l'aiguille, elle cuit au four des gâteaux qu'elle aura plaisir à donner.Elle se nourrit très sobrement de gaudes* et de quartiers de pommes séchées.Elle se trouve bien chez elle et l'âge a encore renforcé ses tendances casanières.

Mais il lui arrive assez souvent de sortir. Elle parcourt le pays en évitant avec soin de se faire reconnaître. Elle observe les enfants, apparaît au milieu de leurs rêves pour les gronder quand ils ont été méchants, tâche surtout de leur signaler leurs défauts, afin qu'ils s'en corrigent.
C'est donc une fée très utile et très estimable. Les parents l'invoquent souvent, quand ils ont des réprimandes à faire:
- Tu verras, disent-ils à leurs enfants, la Tante Arie ne sera pas contente et si tu recommences, elle cessera de t'aimer.
Brave Tante Arie! Les histoires, qui vont suivre,nous permetront de la mieux connaître...

Le père Fourot du village de Saint-Julien labourait un jour son champ en bordure d'un bois. Il tenait les mancherons de la charrue, pendant que son fils Claude guidait les boeufs. Il faisait très chaud et Fourot décida de s'arrêter un moment .
Il y avait en bordure du champ une grande pierre plate, qui passait dans le pays peut être la porte d'une des demeures où séjournait la Tante Arie, quand elle avait à faire près de Saint-Julien. Fourot s'assit avec son fils, près de la pierre mystérieuse. Il était ennuyé, car il avait oublier d'amener à manger pour les "4 heures".Il sentait une faim de loup.
Soudain, il perçut une bonne odeur de gâteau cuit, qui semblait monter de la pierre. Il comprit et dit aussitôt d'une voix aimable et douce:
- Ma bonne tante, vous ne voudrez pas nous laisser avoir faim et voudrez bien nous donner une part de gâteau. Nous vous en supplions et nous savons bien que ce n'est pas en vain.
Fourot reprit son travail, mais quand il revint près de la pierre, après avoir tracé un nouveau sillon, il vit qu'on avait mis sur celle-ci un grand gâteau au fromage, doré et cuit à point, encore chaud et dans lequel était planté un petit couteau d'argent. Fourot prit ce couteau avec émotion :
-Merci,dit-il, ma bonne tante vous avez tout prévu. Il coupa 2 parts de gâteau, que mangèrent lui et son fils. Il en tailla 2 autres, puis 2 enfin : tout le gâteau fut dévoré - et cela très rapidement .
- As-tu trouvé cela à son goût? demanda Fourot à son fils, en replaçant le couteau sur la pierre.
- Oui, père, répondit simplement celui-ci.
ils retournèrent à leur travail, mais si le soc pénétrait toujours avec autant de force dans la terre, une des roues grinçait d'une manière étrange. C'était un bruit aigu, modulé, continu... Fourot et le jeune Claude se mirent à écouter avec attention. La roue, à chaque tour, supplie :
- Rends ce que dois! Rends ce que dois!
Fourot se demande ce qu'on peut bien lui vouloir. Il a la conscience tranquille. Mais il y a son fils! Il l'interroge :
-Claude, n'as-tu rien pris à la Tante?
-Non, père.
-Tu en es bien sûr?
-Je vous l'affirme.
Les boeufs repartent, de leur pas lourd et solide.
-Rends ce que dois! Rends ce que dois!
Le père Fourot est un homme dur et violent. il se doute que Claude lui ment. Il arrête l'attelage et demande d'un ton sec :
-Attention à ce que tu dire, tu es sûr de n'avoir rien pris?
Claude, cette fois, baisse la tête et répond, tout penaud :
-Père, je vous l'avoue, j'ai trouvé si beau le petit couteau d'argent, que je l'ai mis dans ma poche. Mais ne me battez pas!
- Soit, pour cette fois! Tu vas rendre immédiatement ce que tu as pris. Mais tu devrais avoir honte! Tu oses voler son bien à la Tante, qui vient de te donner du gâteau. Sois tranquille, elle saura bien te punir et t'apprendre, si tu l'avais oublié, que " bien mal acquis ne profite jamais"
Et voilà un jeune garçon , qui risque fort de ne rien avoir à Noël.

Bavans était comme Saint -Julien un des villages où la Tante Arie aimait à passer. Elle y vint une fois, par une froide soirée d'hiver, et frappa à la porte d'une maison d'assez pauvre apparence. une toute jeune fille vint ouvrir; elle regarda cete vieille femme, qui ressemblait à une mendiante, la toisa avec mépris et lui cria dans le vent, d'un ton sec :
- Allez-vous-en! Vous n'avez rien à faire ici.
C'est dans ces conditions, que la Tante Arie apprit à connaître la vraie nature de Madeleine, dont les gens du village disaient qu'elle était bien jolie, mais qu'elle avait plus de défauts que de graines dans un melon.
le père de Madeline avait entendu la réponse brutale de sa fille : il intervint et fit entrer la Tante, qui remercia chaleureusement Madeleine, irritée, se retira dans sa chambre.
La Tante Arie prit place auprès du feu et on lui servit à manger. Elle avait un air si bon, si doux que les parents de la jeune fille lui confièrent leurs soucis.
-Madeleine, fit le père tristement, a toujours été très dure, mais nous ne voulons pas croire à une mauvaise nature chez elle : il a bien fallu nous rendre à l'évidence. Elle est brutale, querelleuse, très égoïste et d'un très grand orgueil. Elle n'aime pas obéir et elle n'en fait qu'à sa tête. Nous pourrions sévir, mais elle est notre unique enfant et nous ne voulons pas la brusquer. Il nous reste à subir ses sautes d'humeur, ses caprices, ses remarques désobligeantes qu'elle ne cesse de nous prodiguer.
-Oui, ajoutea la mère, elle est très paresseuse; elle ne me donne aucune aide à la maison et ne range même pas sa chambre. Quand je lui demande de mettre un peu d'ordre et de prendre le balai, la remesse, comme on dit chez nous, elle me répond insolemment par le vieux proverbe du pays : " la resse et le torchon"- ne rapportent rien à la maison"
- Et ce n'est pas cette semaine qu'elle t'aidera! reprit le père. Coquette comme elle est, elle ne songe qu'à la fête.
-quelle fête? demanda la Tante Arie.
- Celle qui a lieu une fois l'an et pour laquelle les filles et les femmes revètent leurs plus beaux habits. Je vous assure que pour Madeleine ce jour-là compte par-dessus tout...
Et cela était bien vrai. la jeune fille quittait son air rude et sombre pour sourire à son image dans la glace; elle pensait au beau dimanche où elle serait la plus jolie et la plus admirée; elle regardait le bonnet qu'elle placerait sur sa tête blonde, un traditionnel diairi à fond velours, orné de somptueuses broderies, rehaussé de paillettes d'argent.
Son plaisir d'ailleurs n'était pas parfait, car elle aurait voulu, pour exciter davantage l'envie de toutes ses compagnes, des atours de princesse ou tout au moins un diairi précieyux de satin ou de moire, garni de cannenille d'or et d'argent, de chenillettes, de glaces à facettes ou de perles. Le lendemain, quand la Tante Arie partit, bien décidée d'ailleurs à revenir sous peu pour donner une leçon à la jeune fille. Madeleine, mieux disposée que la veille, amis toujours méprisante, lui dit avec fierté :
- Venez dimanche au temple. Vous verrez comme je serai belle. Tous les regards se tourneront vers moi.
Le dimanche tant attendu arriva enfin. Pendant les jours qui l'avaient précédé, Madeleine s'était montrée plus fébrile, plus hautaine, plus irascible que jamais. avant d'aller au temple, elle vérifia sa mise et la trouva à son goût. Elle s'admira si longtemps qu'elle partit en retard pour le prêche.
Quand elle sortit, elle reconnut près de la fontaine la vieille femme qu'elle avait si mal accueillie quelques jours auparavant. Elle ne lui aurait sans doute pas adressé la parole, si un coup de vent ne fut survenu, qui emporta le beau diairi. Par chance, il ne roula pas trop loin et ne fut pas sali. Madeleine appela la Tante, qui l'aida à réparer le désordrede sa coiffure, puis elle courut au temple.
Elle y entra, bonne dernière, mais sans discrètion... La tête haute, la démarche royale, elle vint s'installer au premier rang. Le pasteur- un vieil homme au visage très doux - s'arrêta, toussa légèrement, puis reprit la lecture de la bible.
On entendit des chuchotements, des exclamations, des ricanements étouffés. Malgré la sainteté du lieu, les assistants avaient peine à dissimuler une certaine émotion. Madeleine ne douta pas une seconde que celle-ci ne fût causée par son entrée si réussie et si remarquée. Elle se tourna vers sa voisine, qui riait en baissant la tête :
- Pourquoi ris-tu?
- C'est parce que tu es la mieux coiffée.
Madeleine comprit. Elle savait qu'on ne l'aimait pas et elle pensa que ces ricanements étaient le produit de l'envie.
On riait, mais de jalousie et de dépit. Cela ne pouvait qu'intensifier sa fierté et son plaisir.
A la sortie du temple, elle passa majestueusement dans la foule, adressant de temps à autre quelques saluts distants. on riait toujours. Elle courut afin de se regarder dans un miroir, mais elle ne put attendre d'être chez elle . passant près de la fontaine, elle se pecha sur l'eau claire et elle vit - ô stupeur!- sa charmante tête blonde coiffée d'un... bonnet de nuit. Un beau bonnet de coton blanc, avec au faîte un pompon pelucheux...
Elle crut mourir de honte et entra dans une terrible colère. Elle s'enferma dans sa chambre et pendant plusieurs jours refusa d'en sorti, même à l'heure des repas.Quand elle songeait à la vieille, qui lui avait joué ce tour - car elle était sûre que c'était elle - elle se sentait de furieuses envies de se venger .
Peu après, alle apprit par ses parents que la vieille femme était revenue au village et qu'elle passerait sas doute à la maison.

Depuis le soir, où elle avait été bien reçue - sauf par Madeleine évidemment -La Tante arrivait de temps en temps, elle venait s'asseoir auprès dufeu, causait un moment, puis s'en allait. Après son départ, on constatait qu'ily avait dans le placard et dans la maie des quantités de choses alléchantes, des miches de pain blanc, des mottes de beurre, de beaux gâteaux dorés et aussi un pot de confitures ou de miel. La mère de Madeleine voyait bien qu'il y avait quelque mystère elle dit un jour :
-C'est sans doute une fée bienfaisante, charitable au pauvre monde, une vraie créature du bon Dieu. Je ne serais pas étonnée que ce soit le Tante Arie.
- Sûrement, ajoutait le père. pourquoi donc n'y avons-nous pas songé plus tôt?
Madeleine commença à réaliser que celle qui s'était moquée d'elle était la fée de l'Ajoie. Elle aurait pu réfléchir et décider d'améliorer sa conduite, afin d'éviter à l'avenir de pareils désagréments : elle n'y pensa pas une seconde. Ce qu'elle voulait - et avec hargne- c'était sa vengeance et, comme elle savait la Tante très ordonnée,très méticuleuse, elle conçut le projet de tout mettre dessus dessous dans sa demeure, au cours d'une de ses absences.
Seulement, il fallait pour cela savoir où se trouvait la grotte. Elle réfléchit aux moyens qui lui permettraient d'y parvenir. Soudain, il se mit à pleuvoir. elle comprit qu'il serait possible de suivre la Tante Arie, grâce aux traces que ses pas laisseraient dans la boue des chemins ou des champs. Pourvu, pensait-elle, que la Tante vienne ce soir !
Elle vint en effet. Madeleine s'habilla chaudement et se dissimula sous l'auvent .Quand la Tante Arie sortit, la jeune fille attendit un moment, puis regarda les traces. Elle fut si étonnée qu'elle ne poursuivit pas son chemin.
Dès le lendemain, elle alla clamer partout au pays :
-La Tante Arie a des pattes d'oies.
Etait-ce vraiment cela qu'elle avait vu? Parlait-elle ainsi pour se venger? on ne sait jamais. Toujours est-il que certains la crurent et qu'on attribue parfois à la fée ce vice de confformation vraiment affligeant. Quand la tante apprit que Madeleine avait dit d'elle, elle en fut fort courroucée.
Et voilà une jeune fille qui risque fort elle aussi de ne rien avoir à Noël.


Mais, diriez-vous, il serait amusant de savoir si la Tante Arie, si bonne, si"brave" comme on dit en Franche Comté, a tenu rigueur de leurs fautes à Claude, le petit voleur et à Madeleine,la coquette?.
Voici ce qui se passa.
Au Noël suivant, quand la Tante descendit du Lomont avec son âne chargé de jouets et de bonbons, elle oublia que beaucoup d'enfants avaient été turbulents et leur donna - comme elle en avait l'habitude - des cadeaux de plus ou moins grande valeur, mais qui procuraient aux heureux destinataires, une joie égale. Claude eut même un petit couteau d'argent, tout semblable à celui qui lui avait fait envie, car il avait sincèremet regretté d'avoir volé et le repentir - quand il est vraiment sincère - amenuise la portée des fautes .

Quand à Madeleine, elle trouva à son révéeil des verges qu'elle avait bien méritées. Non seulement elle n'avait rien fait pour ne plus être paresseuse et coquette, mais encore elle s'était montrée brutale, dure, orgueilleuse. Surtout elle avait pris plaisir à railler la Tante et ses pattes d'oie. Si ce vice était réel, elle avait cédé à la médisance; s'il était inventé par elle, elle avait eu recours à la calomnie.
Dans les 2 cas, elle s'était montrée méchante, consciemment et résolument, et la méchanceté est la seule chose que ne pardonne pas la Tante Arie.

19/09/2006

Le poing final de la militante

Le nouveau roman de Benoîte Groult ne paraît pas d'emblée, il est vrai, s'inscrire dans un registre particulièrement austère
Le titre "La touche étoile" lorgne même, dirait-on vers un réseau céleste aux inflexions ludiques. Ce n'est pourtant rien d'autre que la vieillesse, le grand âge, la dégradation des corps et des esprits qu'observe de ses yeux plissés l'emblématique auteur "d'Ainsi soit-elle" en 1975
A 86 ans, la militante féministe sait en effet, qu'elle n'a plus qu'un seul

combat à mener: la défense du droit à mourir dans la dignité.
Un regard sans concession? Oui, si l'on excepte celles des cimetières.
On frémit face au trépas qui montre sa torgne. Mais on rit aussi lorsqu'elle écrivait jadis" à quatre mains" avec sa soeur Flora ricane au nez de l'au-delà

" Quand les organes se mettent à causer, ils n'ont jamais rien de bon à dire. mais quand les organes des autres déconnent, alors là, y a bon! Ce n'est pas que vous soyez devenus méchants, c'est que le malheur du voisin est un emplâtre sur la terreur qui commence à vous étreindre".
Ce livre n'épargne rien ni personne. S'il pourfend les " délits de vieille gueule", s'il esquisse une poignante " leçon de ténèbres" aux inflexions très privées, il tord également avec jubilation le cou aux derniers tabous qui brident notre société entre autres accepter l'euthanasie quand le malade la demande...
Un seul regret? Que Benoîte Groult se prenne pour "une écrivaine". Elle vaut mieux que de cet abomination lexicale, elle qui est tout simplement un écrivain . Un vrai de vrai.
Un de ceux qui tutoient les étoiles, en appuyant sur la touche du grand ordinateur de la vie, avec la force de leur poing final.

Cet ouvrage à une incontestable dimension grave, il n'en recèle pas moins une mine de réflexions vives, alertes, souvent joyeuses

Son livre " La touche étoile" de Benoîte Groult aux éditions Grasset 17.90 euros

30/07/2006

Un homme dans la poche

Roman?Plutôt récit, confession, promenade narcissique au fond d'une histoire très intime.

L'auteur des " Derniers Jours de la classe ouvrière" s'abandonne à un délire-cri d'amour à l'homme aimé et perdu.

On ne connait à peu près rien de lui sinon qu'il est marié et plutôt heureux dans son couple.Jusqu'à cette rencontre fatale dont l'auteur tire des accents vibrants et désolés.
Echos de le mort du père: la première blessure .
Echos d'une enfance au Nord: vie dure, chômage, deuil, dépression.
L'homme marié, ancien baba

medium_lili.jpg
cool soixante-huitard, est un nanti, un bourgeois. Lutte des classes , même au lit.

Pour l'auteur, le sexe n'efface pas tout. La narratrice, très amoureuse; souffre de cet amour qui ne tient pas ses promesses et passe sans transition de l'excitation à l'abandon .

Ce qui touche, c'est surtout son style: nerveux, tour à tour brillant et glacé, il vous jette dans des états contradictoires de colère, de plaisir, et de complicité, d'agacement...
Roman éructif ou insupportable déchaînement?
Une chose est sûre: cette lecture secoue et fait réagir. A tester, en sachant que le produit est dangereux!


d'Aurélie filipetti aux Editions Stock

27/07/2006

Idées " prêt-à-partir"

medium_li31.jpg





Des suggestions de balades originales classées par thèmes, puis par lieux.

Ce sont des infos utiles avant le départ( itinéraire routier, accès par les transports communs, tarif des activités, âge conseillé pour les enfants, saison idéale);

Ainsi que des indications une fois sur place( emplacement des parkings,durée de la promenade, restaurants et commerces à proximité), des plans et des cartes routières...

Les" Guides Balado" , sésame indispensable pour explorer les moindres recoins d'une destination, couvrent désormais 3 nouvelles régions: bretagne, Provence-Alpes-Côte d'Azur et Rhône-Alpes.
A découvrir absolument , y compris par ceux qui pensent connaître la région sur le bout des doigts
GUIDE BALADO 19.90E

24/06/2006

On n'est pas sérieux quand on a 17 ans

C'est l'histoire de l'auteur Barbara qui a été contaminée par le virus du sida à 17 ans, lors de sa premedium_livre2.jpgmière histoire d'amour.


Barbara raconte dans ce livre les doutes, les espoirs, mais aussi la crédulité qui l'ont amenée à être victime d'un homme irresponsable.

Pour les centaines de jeunes qui connaissent les mêmes élans et les mêmes inquiétudes, Barbara a décidé de se battre.
Son témoignage d'une sincérité et d'une simplicité exemplaires , est un appel à la vie, pour que l'amour ne soit plus jamais porteur de mort
---------------------
Je vous donne un petit passage pour vous donner envie de le lire.

Il m'avait dit " maintenant , nous deux c'est à la vie, à la mort " J'avais dix-sept ans. J'ai cru à une déclaration d'amour. C'était une phrase de mort"






Dans ce témoignage direct, Barbara Samson raconte comment, dès sa première histoire d'amour, elle a été contaminée par le sida et son combat acharné pour y faire face

Livre à recommander à nos jeunes ( facile à lire et poignant)

 
Accueil Blog50 | Créez gratuitement votre blog | Avec notretemps.com | Toute l'info retraite | Internet facile | Vos droits | Votre argent | Loisirs | Famille Maison | Cuisine | Jeux | Services | Boutique